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Et si l'IA sauvait les animaux de laboratoires ?



J’avais prévu de vous parler d'un tout autre aspect de l'intelligence artificielle, avec un sujet que je m'apprêtais à peaufiner pour une publication la semaine prochaine. Mais ce matin, je suis tombée sur un article du journal Ouest France intitulé Ce nouvel algorithme va-t-il sonner la fin des expériences sur les animaux en laboratoire ?“. Et il m’a donné envie de bousculer mes projets.


Comme je le mentionnais dans mon premier article sur le thème de l’IA, j’adore écouter des balados à propos des nouvelles technologies. Et je remarque une tendance régulière : les auditeurs demandent souvent aux journalistes de montrer l'IA sous un jour plus positif. 

Je dois admettre qu'entre les menaces sur l'emploi, les vidéos truquées qui nous font douter de tout, l’impression que les adolescents délèguent leur pensée à des machines et le pillage des ressources littéraires utilisées pour nourrir ces modèles, ce n'est pas toujours un exercice facile. On a parfois le sentiment que le progrès nous grignote l'âme et l’esprit, et qu'il n’y a pas grand-chose de positif à en retirer.


La lecture de l’article de Ouest France m'a replongée dans une vieille anecdote. Je me souviens d'un matin, il y a environ quinze ans, où j'ai reçu un peu de shampooing dans l'œil en me lavant les cheveux. Mon oeil est devenu si rouge et enflé que j'ai dû porter des lunettes de soleil toute la journée pour le cacher ! A cet instant, j’ai songé avec tristesse à ces animaux de laboratoire que l’on utilise sans vergogne pour tester l’innocuité de nos produits de beauté, et dont on badigeonne à longueur de journées les yeux de gel douche, de crème ou de shampooing. Depuis ce jour, j’ai remplacé tous mes produits par leur version bio et non testée sur les animaux. C’est une cause qui me touche, je l’avoue sans honte.


Le sort des animaux utilisés dans le cadre de la recherche est une réalité que l’on préfère souvent occulter. J’ai une pensée pour ces beagles qui ne connaîtront jamais la sensation de l'herbe sous leurs pattes, ces êtres dont l'unique horizon est le plafond d'une cage, ces lapins qu’on enduit de produits toxiques, ces singes avec des électrodes fichées dans le crâne. C'était jusqu'ici le mal nécessaire, un compromis un peu sale que nous rangions soigneusement dans un recoin de notre conscience collective au nom de la santé humaine.


On nous a répété depuis des décennies, que ce passage par la souffrance animale était le prix inévitable du progrès scientifique. Cet argument fermait le débat. Il s’agissait d’une étape indispensable pour faire avancer la médecine et garantir la sécurité d'utilisation de chaque produit rangé dans nos salles de bains et nos armoires à pharmacie. Sans ces sacrifices, nous serions condamnés à l'immobilisme thérapeutique ou à une prise de risque inconsidérée pour notre propre santé, nous disait-on.


Et c'est là que l'IA intervient de manière surprenante. Un nouvel algorithme que Ouest France mentionne dans son article pourrait bien réussir là où l'éthique humaine a longtemps piétiné. On parle d'un outil capable de modéliser des réactions biologiques avec une telle précision que l'animal physique devient techniquement moins performant que le code informatique. C'est un paradoxe fascinant qui me laisse songeuse. Nous avons peur que l'IA nous déshumanise, qu'elle nous transforme en automates, mais c'est peut-être justement cette technologie artificielle qui va nous permettre de redevenir sensibles envers le vivant.


Il y a une poésie étrange, une ironie, à se dire qu'un algorithme, une chose sans cœur ni âme, pourrait devenir le meilleur avocat de la cause animale. Et cela bouscule nos certitudes.  

Bien sûr, il ne faut pas tomber dans un optimisme naïf. La science avance avec prudence et il y aura forcément une phase de transition, une période intermédiaire où l'on vérifiera si la machine ne commet pas d'erreur avant de cesser définitivement les tests sur des êtres vivants.


Mais imaginez un instant ce basculement. Passer d'une science qui exploite la nature à une science qui l’imite pour mieux la protéger représenterait un changement radical dans notre rapport au progrès. Au fond, cela nous rappelle que l'outil n'est jamais bon ou mauvais en soi, tout dépend de la manière dont on choisit de l’utiliser. Si sa puissance de calcul peut servir à épargner des vies et à effacer une part de notre cruauté, alors l'IA mérite peut-être un peu moins de méfiance et un peu plus de gratitude. 


On pensait que l'intelligence artificielle allait nous remplacer, mais si elle commençait par remplacer nos raccourcis moraux les plus sombres, ce serait déjà une immense victoire. 

Cette petite lueur d'espoir qui s'allume dans les laboratoires fait un bien fou dans un monde technologique que l'on juge souvent, à raison, trop froid et inquiétant.


Gwen Geddes


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