Pourquoi la musique semble moins bien qu'avant (et pourquoi il y a quand même de l’espoir)
- Gwen Geddes

- il y a 24 minutes
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« C’était mieux avant. » On a tous entendu cette phrase, souvent prononcée par des nostalgiques qui regrettent leur jeunesse. Alors, quand on dit que la musique actuelle a perdu de sa superbe, est-ce simplement un biais de l'âge ?
La réponse est non. Ce n'est pas qu'une impression, et ce n'est pas de la nostalgie. La preuve ? Même les plus jeunes, ceux qui n'ont pas connu les vinyles ou les cassettes, se tournent de plus en plus vers la musique des années 80 et 90. Les playlists rétro cartonnent chez les adolescents, et les vieux tubes squattent les sommets des charts dès qu’ils apparaissent dans une série télé. Si une large part de la génération Alpha préfère Fleetwood Mac, Depeche Mode ou Nirvana aux sorties actuelles, ce n'est pas par hasard...
Alors, d'où vient le problème ? Pour faire simple, la musique moderne est devenue otage des plateformes, et plus particulièrement de TikTok.
Aujourd'hui, une part immense de la production musicale n'est plus pensée pour être écoutée, mais pour être consommée en fond sonore d'une vidéo de 15 secondes. On assiste à la naissance d'une musique calibrée, standardisée, presque robotique. Les intros disparaissent (il faut capter l'attention en 2 secondes), les morceaux raccourcissent, et les structures deviennent prévisibles. On crée des refrains "gimmicks" faits pour tourner en boucle, quitte à vider le morceau de toute substance émotionnelle.
C'est une musique sans âme, fabriquée à la chaîne pour plaire aux algorithmes et maximiser les streams, plutôt que pour toucher le cœur des gens. Résultat ? Une sensation de déjà-vu permanent et une lassitude généralisée.
Heureusement, l'art a cette capacité incroyable de toujours renaître de ses cendres. Face à cette uniformisation forcée, une résistance s'organise. Partout, des artistes et des groupes refusent de plier devant les diktats des réseaux sociaux. Ils font de la musique pour une seule raison : parce qu'ils l'aiment et ont envie de la partager. Et c'est précisément pour cela qu'elle nous plaît à nous. En cherchant la sincérité plutôt que les "like", ils proposent des œuvres inventives, novatrices et inattendues.
Prenez le groupe toulousain Johnny Bambou. Voilà le parfait exemple de ce qui redonne foi en la création. Loin des formats pré-mâchés, ce trio (mené par Sylvain au chant, entouré de Julien et Clément) injecte une dose d'originalité et d'audace bienvenue dans le paysage musical français.

Leur recette est inédite : un trio sans basse qui fusionne des riffs de rock avec les rythmes envoûtants de la Louisiane. La magie opère aussi car le groupe refuse la facilité de la chanson à texte en français et a choisi de chanter en occitan, en anglais et en français cajun. Ces langues apportent une musicalité rugueuse et une liberté sonore, donnant une énergie située quelque part entre un blues des bayous et celle d'un rock plus traditionnel.
Et la bonne nouvelle est que leur tout premier EP, baptisé Soulier, vient de sortir ! En créant ce pont inattendu entre l'Occitanie et le fleuve Mississippi, Johnny Bambou ne cherche pas à plaire à un algorithme ou à un fil d'actualité. Ils jouent une musique humaine, viscérale, qui leur plaît, à eux. Et à nous aussi ! Et ça fait un bien fou !
Le constat est le même au Royaume-Uni ou en Irlande, qui traversent une grande période de créativité. Une vague de nouveaux groupes est en train de remettre les guitares, l'écriture brute et l'authenticité au centre du jeu. Parmi eux, on notera Fontaines D.C. Ce groupe venu d'Irlande propose un post-punk poétique, sombre, et remplit désormais les stades sans se soucier de ce qui est "à la mode".
The Last Dinner Party sort aussi du lot, avec un style baroque, gothique et ultra-mélodique, prouvant qu’on peut être profondément excentrique, complexe et cartonner !
Wet Leg et leur indie-rock grunge font aussi parler d'eux en rappelant que la musique doit avant tout rester un terrain de jeu spontané et impertinent.
Cette nouvelle garde prouve que le public a faim de musique de qualité, celle qui a une âme.
La musique industrielle, calibrée pour les algorithmes, continuera sans doute d'inonder nos écrans et nos smartphones. Mais elle ne pourra jamais remplacer le frisson d'un morceau organique, pensé par des humains pour des humains, celui qu'on a envie de voir joué sur scène et qu'on n'oubliera jamais.
Tant qu'il y aura des groupes pour oser, expérimenter et jouer avec leurs tripes, la musique sera sauvée. Ouvrez les oreilles, cherchez un peu plus loin que ce que propose votre fil d'actualité YouTube. L'espoir est là. En France, il s'appelle Johnny Bambou. Pour le vérifier par vous-mêmes, foncez écouter Soulier !




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